Respire !

Maud Ankaoua

“Tu ne le sais pas encore mais tu es exactement là où tu dois être.” Malo, 30 ans, virtuose de la finance à qui tout réussit, est appelé à Bangkok pour aider une entreprise en difficulté. Quelques semaines après son arrivée, il surprend une conversation qui l’anéantit : il ne lui resterait plus que quelques mois à vivre… Au moment où il perd tout espoir, une vieille dame lui propose un pacte étrange : en échange de trente jours de sa vie, le jeune homme sera-t-il prêt à tenter une série d’expériences qui pourraient bien modifier le cours de son destin ? Malo accepte, et le voilà embarqué dans un incroyable périple aux saveurs et aux parfums de la Thaïlande, au terme duquel il découvrira peut-être l’ultime vérité. Plus qu’un roman, ce livre est une invitation à mener la vie qui vous inspire.

Conseillé à la rencontre littéraire du 27 juin 2026 (par Sylvie)

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Jean Paul Dubois

« Le livre est beau, net, désespéré et étrangement consolateur. Comme le sont très souvent les romans de Jean-Paul Dubois. » Télérama

Paul Hansen purge sa peine dans un pénitencier canadien.

Dans la cellule qu’il partage avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre, il se raconte sa vie. L’enfance, à Toulouse, entre un père pasteur et une mère gérante d’une salle de cinema. Son métier de superintendant à la résidence L’Excelsior, où il réparait les âmes et entretenait les bâtiments. Les moments de folle liberté dans l’aéroplane de Winona, sa compagne pilote. Et le crime qui l’a conduit en prison.

Dans cet admirable roman, on retrouve un écrivain animé par un sens aigu de la fraternité . Et par un sentiment de révolte à l’égard de toutes les injustices.

Présenté à la rencontre littéraire du 27 juin 2026

Conseillé par Annik

Les deux royaumes

Eric Emmanuel Schmitt

La cueillette du gui, un élixir de jouvence cent pour cent gaulois, une assemblée de druides à l’ombre des grands chênes… Le fabuleux monde celtique n’en finit pas d’émerveiller Noam lorsqu’il débarque en Gaule. Mais bientôt l’irruption d’envahisseurs d’un genre nouveau, les Romains, vient bouleverser l’équilibre des forces.

Du célèbre Spartacus, figure de révolte et d’espérance qui défie la République romaine, à l’empereur Auguste et son épouse Livie, nouveaux maîtres de Rome au prix de morts suspectes et de crimes irrésolus, Noam assiste, perplexe, à l’apparition d’une concentration de pouvoir sans limites.

Très loin de là, à Jérusalem, un certain Jésus tient un tout autre discours que celui de Rome. Prônant l’égalité entre tous les hommes, sa parole ouvre un horizon radicalement neuf et suscite un espoir infini. Deux « royaumes » se dessinent : l’un terrestre et hégémonique, l’autre céleste et accessible à tous. Entre ces deux conceptions du monde, Noam devra-t-il choisir ?

D’un romanesque flamboyant et d’une érudition qui coule de source, ce nouveau roman d’Éric-Emmanuel Schmitt embrasse plusieurs civilisations fascinantes et met en présence deux visions de notre condition humaine, qui, sous d’autres visages, s’affrontent encore aujourd’hui.

Rencontre littéraire du 30 mai 2026

On retrouve des extraits profondément poétiques malgré le triste contexte lié à la guerre, aux crucifixions, aux jeux, aux tortures romaines….

“Il y a une douceur dans l’automne, une sorte de joie triste à penser que tout s’éteint”

“Byzance : Une ville exaltant un parfum de rose où le clapotis des fontaines entonnait des airs enjoués”

“La vérité serait elle attachée aux étoiles ?”

Pour aller à la rencontre du deuxième royaumes, il faut patienter. C’est à la troisième partie que se produit la rencontre avec Paul.

Les annotations en bas de page constituent une véritable mine d’informations pour le lecteur.

Les extraits qui décrivent la crucifixion à l’époque romaine sont profondément touchants. A t-on pensé à l’importance de ce petit objet de métal à cette époque : le clou.

Extrait :

Le clou cet objet si modeste, si commun, traîne sur l’établi de tous les ateliers du monde. Il rend service au menuisier comme au magicien. Ce roitelet de fer, droit, dur, discret, exerce un pouvoir souverain. Il perce, il lie, il rive. Sa fonction ? Fixer. Son sens symbolique aussi bien le matériel que l’immatériel, le visible que l’invisible. (…)”

Le clou transcende sa matière. Forgé au marteau, souvent à section carrée avant le XVIII ème siècle, il traverse le monde profane et le monde sacré. Au fond, le clou offre un paradoxe incarnée : il bloque ce qui doit rester, il transperce ce qui fuit, il blesse et soigne, unit et bannit. A la fois outil de charpentier et instrument du destin, il est un petit objet d’acier et un grand mystère de fer.”

Virginie

La compagnie des heureux hasards

Gilles Legardinier

Qui n’a jamais perdu foi en l’existence ? Qui n’a jamais été épuisé – voire écœuré – au point de douter de la valeur même de la vie ? Lily en est là. Une rupture, beaucoup de désillusions… mais ce n’est pas cette part de son histoire qui nous intéresse. Grâce à Mère-Grand et au Petit Poucet, Lily va découvrir un autre chemin. Loin d’un conte de fées, c’est une renaissance, aux antipodes des faux-semblants et des égoïsmes. Les Heureux Hasards vont la conduire jusqu’à la face cachée du monde tel qu’on ne le montre jamais.

Avis de lecteur :

Rencontre littéraire du 30 mai 2026

  • Quelle relation peut-on établir entre trois chiens et un chat ?
  • Qu’est-ce qui va transformer la vie de Lily, une intérimaire en ressources humaines, lors de sa visite à la fête foraine au point qu’elle souhaitera en faire une vocation ?

La compagnie des heureux hasardeux ? Ce titre illustre un souvenir d’enfance de l’auteur et les « heureux hasards » Il écrit :

« Au delà des grandes étapes programmées, ce sont souvent d’infimes anecdotes inattendues qui nous forgent, Une phrase à la volée, un regard échangé ou une circonstance à laquelle nous sommes particulièrement sensibles Ces éblouissements intimes brillent alors d’un éclat qui nous guidera tout au long du chemin. »

Ce livre diffuse de l’optimisme grâce à ses récits à la « Amélie Poulain ». J’ai beaucoup apprécié l’humour de Lily et ses répliques.

Extraits :

« A mesure que j’avance dans l’existence, une conviction se dessine. J’ai le sentiment que nous commençons tous notre parcours comme si nous étions des boîtes de puzzle renversées sur la table de la vie. Les pièces sont là, mais en tas et dans le désordre. Chaque jour, le jeu consiste à tenter d’assembler nos fragments pour leur trouver une cohérence. Cela exige beaucoup de temps, de patience, et pas mal d’essais avant que l’ensemble ait une chance de ressembler à quelque chose.

Il n’existe aucune méthode, chacun doit mettre la sienne au point. Certains débutent par un coin, d’autres par un détail ou une portion qui surgit avant les zones plus nuancées, mais c’est de toute façon un processus chaotique, souvent frustrant, qui ne deviendra moins hasardeux qu’avec l’âge et l’existence.

Combien de fois m’est il arrivé de me dire que j’avais la pièce en moi sans pour autant la trouver…Ce que nous serons au final demeure longtemps un grand mystère.


Ce roman a été proposée à la réunion du 31 janvier 2026 par Sylviane mais grâce à notre amitié, il m’avait été confié pour « consoler » un moment de réclusion au fond de mon lit pour soigner un état grippal… Ce samedi-là, j’en étais péniblement aux premières pages abrutie par un virus… « le hasard c’est Dieu incognito » me dit souvent Sylviane. Ce virus serait-il un heureux hasard ?

Que dire de ce roman ? Surtout ne rien raconter si ce n’est les émotions par lesquelles je suis passée, la confiance, la sérénité, la tendresse, l’espoir, la gratitude. Jamais il n’est question de Dieu et pourtant s’il n’est pas là où est-il ?

Je ne citerai que quelques passages où l’auteur nous parle de son roman :

« La notion de hasard a toujours été très relative à mes yeux et bien que ne croyant ni à la prédestination ni aux interventions divines, j’ai maintes eu l’occasion de me poser des questions sur l’agencement des événements dans mon propre parcours, mais aussi dans celui des autres »

« J’ai les deux pieds sur terre. J’affronte les mêmes contraintes et la même actualité que vous. Si parfois je perds foi en ce monde, je découvre chaque jour des raisons supplémentaires de croire aux individus.

Il n’existe pas une culture, pas une latitude sous laquelle « être plus humain » est considéré comme un défaut. On ne doit pas être si mauvais que certains cherchent à nous persuader. »

« Après avoir bénéficié de tant de heureux hasards, j’espère en initier quelques-uns. D’une certaine façon la Compagnie existe pour moi. »

« Par chance les individus capables d’aider sont aussi nombreux que ceux qui ont besoin d’aide. Elle est pas belle la vie ?

Annik

La bibliothèque des rêves secrets

Michiko Aoyama

Homme ou femme, jeune ou vieux, salarié ou retraité… ils sont cinq à franchir le pas de la petite bibliothèque tenue par Sayuri Komachi en plein cœur de Tokyo. Leur point commun : ils sont au croisement de leur vie. A chacun Sayuri Komachi, énigmatique bibliothécaire attentive aux autres, proposera un ouvrage totalement inattendu, bien loin de celui qu’ils croyaient être venus chercher.
Mais ce choix ne relève pas du hasard, ce livre se révèle comme le jalon qui leur permettra de changer de vie.
Sayuri Komachi dévoile à chaque lecteur le pouvoir de la lecture et l’importance qu’une personne attentive et à l’écoute peut avoir sur le destin de chacun d’entre nous.

Présenté à la rencontre littéraire du 28 février

Les livres pour un tournant de vie. Conseillé par Sophie.


Rencontre littéraire du 28 mars

Qu’ont en commun :

Tomaka, 21 ans vendeuse de prêt-à-porter féminin

Ryô, 35 ans, comptable pour un fabricant de meuble

Natsumi, 40 ans, ex-membre du service éditorial d’un magazine

Hiroyan 30 ans, sans emploi

Masao, 65 ans retraité.

Ils sont au croisement de leur vie. Et la rencontre d’une bibliothécaire et surtout d’un livre va changer leur manière de voir la vie.

Extrait :

« Mais quand j’ai contourné le paravent, j’ai écarquillé les yeux. La bibliothécaire était assise là, remplissant tout l’espace entre le paravent le bureau en L. C’était une dame vraiment… vraiment immense. Plus grosse, elle était surtout très grande. Blanche de peau, le cou si large que son menton y était rattaché. Elle portait un tablier beige sur un gilet blanc cassé. Sa silhouette rappelait l’ours polaire hibernant dans une grotte. Ses cheveux étaient tirés en arrière en un petit chignon. Une longue épingle y était plantée, avec au bout, trois élégantes grappes de fleurs blanches. Tête baissée, elle semblait occupée, mais je voyais mal depuis mon poste d’observation (…) J’ai failli poussé un cri, que faisait telle ? Jetait-elle un sort ? Je m’apprêtais à fuir lorsqu’elle m’a demandé :- Qu”est ce que tu cherches ? (…) Ces mots, émis avec un sourire, procuraient une intense et étrange sensation d’apaisement ». (…) Ce que je cherchais… (…) un but (…) je cherchais ce dont j’étais capable. Même si je lui en touchais un mot, elle ne pourrait pas me répondre….

En êtes vous sûr(e) ?

Un bel ouvrage qui saura toucher de nombreux lecteurs.

Un livre a le pouvoir de transformer une existence tout comme une rencontre à l’instar de la bibliothécaire.

Allégorie de la foi ?

Derrière le paravent de nos existences, Jésus, Marie, les saints… se manifestent, nous écoutent et nous orientent, tout en nous laissant la liberté de tracer notre propre voie. Et si les réponses que nous cherchons étaient enfouies en nous-mêmes ?

Virginie

Le christ

Albert Camus

Je n’ai que vénération et respect devant la personne du Christ, et devant son histoire. Je ne crois pas à sa résurrection. » Cette affirmation paradoxale d’Albert Camus constitue une énigme pour les croyants comme pour les incroyants. Alors qu’il lit la Bible et certains maîtres de la tradition spirituelle comme saint Augustin – auquel il a consacré son mémoire de fin d’études – ou encore saint Ignace, le philosophe se déclare incroyant, mais non pas athée.Véronique Albanel prend acte de la distance qui sépare Camus de la croyance chrétienne, en particulier de l’affirmation de saint Paul : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi » (1 Co 15,14). Mais, en analysant les nombreuses références au Christ dans l’ensemble de l’oeuvre du philosophe, elle met en évidence la cohérence exemplaire d’un engagement moral et spirituel qui, aujourd’hui encore, « nous aide à vivre et à espérer ».Si ses critiques à l’égard du christianisme peuvent paraître féroces, et teintées parfois d’ironie, Camus nous fait découvrir un Jésus aimant et agissant dans l’Histoire. Car, pour lui, le Christ – qu’il reconnaît dans la personne de sa mère, « pauvre et ignorante » – est un exemple vivant qui habite les prisons en Espagne pendant le franquisme, rend la terre aux pauvres en Algérie, se soucie des damnés. En faisant le choix d’aimer, de pardonner et de ne pas désespérer, le philosophe nous appelle à rester solidaires de ceux qui « souffrent et meurent » privés de la grâce.

Véronique Albanel est professeure de philosophie aux Facultés Loyola Paris, spécialiste notamment du rapport entre christianisme et politique chez Hannah Arendt.

Présenté à la rencontre littéraire du 31 janvier 2026

Avis de lecteur :

« Le Christ d’Albert Camus » : quand l’incroyance interroge l’Église

Par Héloïse de Neuville

Publié le 9 octobre 2025 à 9h48 dans La Croix

Dans Le Christ d’Albert Camus, publié en septembre aux Éditions Desclée de Brouwer, la professeure de philosophie Véronique Albanel explore le dialogue intense que l’écrivain et philosophe a entretenu avec le christianisme. Une réflexion qui pousse les chrétiens dans leurs retranchements.

« Je n’ai que vénération et respect devant la personne du Christ et devant son histoire. Je ne crois pas à sa résurrection. » Au lendemain de la remise de son prix Nobel, cette déclaration paradoxale d’Albert Camus résonne encore comme une énigme. Comment l’auteur de L’Étranger et de La Peste, qui se disait incroyant, a-t-il pu entretenir un dialogue aussi intense avec la figure de Jésus dont il ne reconnaît pas la dimension divine ?

C’est à cette question que Véronique Albanel, professeure de philosophie aux Facultés Loyola Paris, consacre un essai lumineux. Un ouvrage qui intéressera bien au-delà du cercle des initiés d’Albert Camus en ce que l’écrivain-philosophe y prend la proposition chrétienne redoutablement au sérieux et pousse les chrétiens dans leurs retranchements.

Un rejet du péché originel

Albert Camus, retrace l’autrice, n’affirme ni l’inexistence de Dieu ni l’impossibilité de le connaître. Éprouvé par la maladie, conscient de la primauté du corps, c’est l’Incarnation qui le touche, ce Dieu fait homme qui partage la condition humaine. Mais ce qui scelle son incroyance, c’est l’absence de Dieu face au mal et à l’injustice : comment supporter le silence divin devant la souffrance des innocents ?

Cette protestation inlassable traverse toute son œuvre. Dans ses Carnets de 1942, il confie cette étrange intuition : « Imaginer Dieu sans l’immortalité humaine. » L’écrivain cherche un Évangile qui s’arrêterait à la croix, qui ne promettrait pas de vie éternelle mais appellerait à la solidarité terrestre. Son royaume, contrairement à celui du Christ, est bien de ce monde.

L’ouvrage éclaire également la sévérité d’Albert Camus à l’égard de l’Église institutionnelle. Journaliste à Combat entre 1944 et 1947, il dénonce avec intransigeance le silence de Pie XII devant la Shoah, l’alliance sanglante de l’Église espagnole avec le franquisme, la justification théologique de la peine de mort par la croyance en l’immortalité de l’âme. Pour lui, l’Église a trahi le message originel du Christ en ajoutant les notions de jugement, de châtiment et de récompense, transformant la Bonne Nouvelle en une histoire déterminée par le Jugement dernier. Il rejette vigoureusement le dogme du péché originel qui nie, selon lui, la part d’innocence présente en chaque être humain.

Une fascination pour le Christ

Ces critiques, Véronique Albanel le rappelle avec justesse, peuvent aussi témoigner d’une immense attente. Albert Camus, édifié par ses quelques amitiés avec des résistants catholiques, regrette toutefois que « tant de chrétiens » l’aient découragé d’aimer le christianisme. Propos qu’il corrige aussitôt : « un peu injustement d’ailleurs », avant d’ajouter : « Mais il y avait les évêques de Franco. »

Au terme de ce parcours minutieux à travers l’œuvre camusienne, Véronique Albanel révèle combien le chemin philosophique d’Albert Camus reste teinté d’une fascination pour la vie terrestre du Christ, qui incarne toutes ses attentes : il représente à la fois le sacrifice humain dans sa dimension la plus aboutie et une vie morale exemplaire, restée proche des pauvres et des humiliés. Nourri de pensée grecque, bouleversé par Pascal, Simone Weil et Dostoïevski, Albert Camus développe ce qu’on pourrait appeler « une mystique solidaire », dont le seul horizon est la fraternité terrestre.

« On ne peut pas christianiser Albert Camus mais on ne peut pas non plus le déchristianiser », relève l’autrice. Cette formule résume parfaitement l’apport de ce livre qui, sans chercher à récupérer l’écrivain pour la cause chrétienne, restitue la profondeur d’un dialogue brutalement interrompu par la mort de l’écrivain en 1960. Pour les chrétiens de 2025, la protestation camusienne garde toute sa force interpellative.

C’est cet article dans La Croix qui m’a donné envie de lire cet essai… avec le désir aussi de relire les romans de cet écrivain.

Les questions d’Albert Camus sont tellement actuelles

Appel à la solidarité humaine

Scandale dans l’Eglise

... et j’en passe 

Tant de chrétiens découragent d’aimer le Christianisme et j’en fait certainement partie…

Annik

Une longue route pour m’unir au chant français

François Cheng

” C’est à l’âge de quinze ans que le chant s’est éveillé en moi. Je m’ouvrais à la poésie et entrais, comme par effraction, dans la voie de la création… ” Depuis son premier essai sur l’eau et la soif – unique témoin de son adolescence chinoise qu’il a emporté en France et dont il nous livre aujourd’hui la traduction – en passant par ses rencontres avec Gide, Vercors, Lacan, Michaux, Emmanuel, Bonnefoy et tant d’autres, François Cheng nous fait partager la longue route qui l’a conduit à devenir, lui l’exilé qui ne savait dire ni ” bonjour ” ni ” merci ” lorsqu’il est arrivé à Paris, un poète français.

Cette route, malgré les affres de la guerre en Chine, l’extrême précarité matérielle des premières décennies en France, et de cruels tourments intérieurs, mais est toujours éclairée par la poésie française qu’il intériorise au fond de sa nuit solitaire. Elle l’est aussi par un amour passionné pour la langue d’un pays dont François Cheng a fini par épouser le ” chant ” et le destin. La lumière singulière qui émane de ce récit est celle d’une symbiose qui unit la Voie du Tao et la voie orphique et christique, orientant sans cesse le poète vers l’authentique universel.

Avis de lecteurs

« Le livre d’une vie » annonce le bandeau en couverture.
Et c’est parfaitement résumé.

Livre dans lequel François Cheng revient sur sa vie et le parcours qui l’a amené à vivre en France et à « s’unir au chant français » (ce sont ses mots) par sa passion pour la littérature et la poésie.

L’auteur est depuis longtemps une voie précieuse, véritable passeur entre deux cultures (chinoise et française). C’est un écrivain qui transmet à merveille sa sagesse, ses passions et son regard poétique sur la vie.

Une lecture lumineuse et qui grandit.

Que de lacunes dans ma culture ayant fait surtout des études scientifiques…

Voici des extraits qui m’ont fait particulièrement apprécier ce livre

« Je suis là, seul, entre terre et ciel, tout en pressentant que je ne le suis pas, tant ce coin caché est rempli d’attente. Tout à coup, en effet, une Présence est devant moi, invisible mais évidente, intimidante mais toute d’intimité. Pour lui faire face, mon être se dresse, entier, sans réserve, pour s’entendre dire : “Toi qui as soif, soit chant. Chante et tu seras sauvé, et tout sera sauvé. “Ebranlé, terrassé par ce que j’entends, j’attends encore… Plus rien. La présence s’efface, me laisse pantois. Mais le message est passé. J’ai saisi en cet instant que ce que la nature nous fournit est un don inestimable. Encore faut-il que ce don puisse en nous se métamorphoser pour qu’un mystère se révèle et que tout prenne sens. Autrement, nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, taraudés par tant de désirs. La nature possède le pouvoir de métamorphose, l’eau est son moteur et son modèle. Nous les humains possédons aussi un pouvoir de métamorphose : notre verbe. »

« Résonne dans mon oreille ce qu’affirme en substance la Bible : « Le Seigneur donnera à boire aux assoiffés l’eau de la vie éternelle. » »

« L’irruption du mal radical dans ma conscience d’enfant de huit ans déterminera pour toujours l’orientation de ma quête : aucune vérité ne serait valable si elle ne tient pas compte de ce phénomène humain impossible à contourner. »

« Contrairement au philosophe allemand Adorno qui, après la guerre, affirmait qu’ « écrire un poème après Auschwitz est barbare », je suis persuadé que c’est seulement par la poésie, le Verbe le plus incarné, que les humains peuvent s’arracher à la vertigineuse pente qui les mène au néant, à condition qu’ils rejoignent le lyrisme le plus élevé que les meilleurs de leurs prédécesseurs ont atteint. Ce lyrisme, évidemment étranger à tout sentimentalisme, prenant en charge la profonde vérité de la mort, faisant jaillir les irrépressibles étincelles de la vie, est à même de donner sens à leur destinée. Il a pour nom « orphisme », au sens large du terme, une voie de création reliée à la figure d’Orphée, issue de la tragédie grecque, et par la suite à celle du Christ aussi. Malgré la différence de dimension qui les sépare, ces deux figures démontrent que seule la puissance de l’amour peut fonder un règne au-delà de la mort. »

« Je découvre la Bibliothèque Sainte- Geneviève comme Ali Baba tombant sur la caverne aux trésors. Autour de moi, il n’y a que l’odeur entêtée des livres, les visages concentrés des lecteurs, les gestes feutrés des employés. De ces derniers, je deviens pourtant la bête noire. Comme on peut demander plusieurs livres à la fois, il m’arrive, durant un long après-midi, de m’adresser à eux à de nombreuses reprises, tant mon avidité à lire s’apparente à de la gloutonnerie. ( p.50) »

« Autant j’affirme que la poésie ne sert jamais à défendre une thèse ou une cause, autant je suis convaincu que les chants nés du tréfonds des êtres sont les chemins les plus sûrs qui mènent à la révélation du mystère de l’Etre. Car dans l’état suprême de la poésie, le Verbe retrouve son origine divine. (p 204) »

« De fait, au sein de l’humanité, une seule fois un être a accompli un absolu qui ne comportait aucune forme de mal, lorsqu’il a accepté de donner sa Vie au nom de l’Amour absolu. Moi qui viens de la Voie, je ne saurais me dérober au choix vertical de la voie christique, qui est une voie incarnée. »

« Le Cosmos nous enseigne que l’univers a pour dimension l’infini et pour loi de fonctionnement la rectitude. Mais la Vie est d’un autre ordre, qui comporte épreuves et dépassements. À nous de les assumer. Si nous sommes à même de penser l’univers, c’est que l’univers pense en nous. Au fond de l’écrasante nuit, une certitude s’impose à moi : l’aboutissement de la Création n’est pas l’univers physique mais bien la Vie ; elle est en réalité l’unique aventure, celle de l’Être qui, seule, implique le processus d’un devenir ouvert. »

Annik

Sur la montagne l’aspérité et la grâce

Adrien Candiard

Qu’est-ce que la grâce ? Comment l’obtenir ? Si Dieu nous aime gratuitement et sans conditions, pourquoi nous demande-t-il d’agir selon ses commandements, et des commandements si exigeants qu’ils semblent hors de portée ? À ces questions, l’Évangile apporte quelques réponses, en particulier dans le Sermon sur la montagne.
L’ambition d’Adrien Candiard n’est pas de fournir ici un commentaire complet de ce long discours de Jésus, mais plutôt d’ouvrir quelques pistes de lecture visant à en faire goûter la saveur, à en comprendre l’exigence et à inviter ainsi ceux qui cherchent en ce monde un point d’appui solide pour bâtir leur vie à construire leurs fondations sur le roc véritable. Avec la grâce de Dieu, naturellement.

Un message de réel espoir fondé sur une imparable lucidité, adressé à toutes et à tous.
Prieur du couvent du Caire et membre de l’Institut dominicain d’études orientales, Adrien Candiard a notamment publié aux Éditions du Cerf Du fanatisme. Quand la religion est malade, À Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne et Quelques mots avant l’apocalypse. Il est l’une des voix majeures de la spiritualité d’aujourd’hui.

Critique

« Sur la montagne », d’Adrien Candiard : au sommet de soi-même

Par Arnaud Alibert

Publié le 5 novembre 2023 à 11h05 dans La Croix

Adrien Candiard, op, propose dans son ouvrage Sur la montagne. L’aspérité et la grâce un itinéraire spirituel à travers trois chapitres de l’Évangile de Matthieu où le don de la grâce supplante la loi morale.

Auteur prolifique aux nombreux succès, Adrien Candiard garde le cap. Choisissant, une fois encore, quelques pages bibliques, il parvient à conduire son lecteur à revisiter sa foi et sa compréhension de Dieu. Dans Sur la montagne, le dominicain, qui vit au Caire, prend comme matériau de base les chapitres 5 à 7 de l’Évangile de Matthieu.

Une pédagogie de la liberté

Son projet central est de combattre l’idée que les béatitudes et l’ensemble du sermon sur la montagne sont une loi à suivre. En réalité, ils sont une école de responsabilité. « Les commandements et les enseignements du Christ et de l’Église nous servent de boussole, mais dans le cours de la navigation, ce n’est pas la boussole qui prend les décisions : seul le capitaine (…). En indiquant la direction et non la marche à suivre, Jésus laisse toute sa place à la conscience humaine. »

L’ouvrage commence hors des pages ciblées, avec l’évocation de la rencontre de Jésus et d’un jeune homme riche. Adrien Candiard la décrit comme s’il parlait de lui ou bien de nous. Le jeune homme « peut vivre sa vie à la surface de lui-même (…), mais il pressent qu’au-delà de la surface se trouve une vie plus forte et plus vraie (…) qu’il appelle vie éternelle car il sent bien qu’elle contient toute l’éternité que le monde peut nous offrir (…). Cette vie éternelle a un prix (…), il se sent impatient de se mettre au travail (…), mais dans quelle direction ? que faut-il faire pour mériter la vie véritable ? » La réponse viendra par l’auteur, qui essaiera de faire comprendre comment la grâce de Dieu veut opérer dans la vie de chacun.

Au long des pages, le charme opère, celui d’une langue simple et maîtrisée, qui laisse la place à des exclamations prenant le lecteur à témoin comme pour réveiller sa liberté d’adhérer ou non au propos. Le souci pédagogique sans mettre l’auteur en surplomb est partout présent, transformant la lecture en école domestique. Bien sûr, le format du livre ne permet pas d’aborder l’ensemble du sermon sur la montagne. Bien sûr, le texte va vite et condamne le lecteur à la confiance envers celui qu’il lit.

La force du verbe biblique reste intacte

Mais le sens la formule de l’auteur s’affirmant page après page fait souvent mouche : « Le lieu de notre prière, ce n’est pas nos lèvres ou notre tête, mais cet Esprit de Dieu qui nous tourne vers Dieu. » Ou bien : « À sa naissance, la tentation est sans force. Ou plutôt, elle n’a qu’une force : celle d’avoir l’air inoffensif (…), on a cru pouvoir la dominer. Mais c’est alors qu’elle nous domine. »

En commentant la Bible, le livre la sert, plus qu’il ne l’éclipse. Loin de gommer les exigences qu’elle comporte, au lecteur qui le veut bien, il les rendra sans doute désirables.

Avis de lecteurs :

Difficile de donner son avis après Arnaud Alibert de La Croix.

Adrien Candiard a le don de faire accéder tout un chacun aux questions humaines et théologiques les plus délicates et pointues avec clarté et une évidente logique, dans un langage moderne et accessible, à l’appui d’exemples concrets, et, cerise sur le gâteau avec beaucoup d’humour.

Je me contenterai de relever quelques passages :

« Tous nos péchés les plus graves ont commencé ainsi : de petits compromis sans gravité avec le mal, des concessions anodines qui de fil en aiguille ont laissé le mal s’installer en nous avec toute la force d’inertie de l’habitude, jusqu’à prendre peu à peu le contrôle. Jésus veut nous épargner ces épuisants combats, en nous engageant à déraciner la tentation quand elle est encore naissante. Chasser une pensée qui nous traverse l’esprit, un petit mouvement d’agacement, une envie de râler, un éclair de jalousie, ce n’est pas bien difficile. C’est autrement plus facile que de lutter contre le mal quand il est solidement installé en nous par l’habitude. A sa naissance, la tentation est sans force. Ou plutôt, elle n’a qu’une force : celle d’avoir l’air inoffensif. Quand elle était toute petite, cette tentation, nous avons cru pouvoir faire un pacte avec elle, lui concéder un espace limité, choisi par nous. On a cru pouvoir la dominer. Mais c’est alors qu’elle nous domine. Le meilleur remède est donc radical, au sens propre du terme : il s’agit de prendre le mal à la racine, pour lui éviter de s’enraciner en nous. »

« Le salut est peut-être gratuit, mais quand on voit tout ce que Jésus nous demande, c’est une gratuité hors de prix ! »

« La direction marquée par Jésus ouvre au contraire un espace infini de progrès : il ne s’agit pas d’être dans les clous, du bon côté de la barrière strictement binaire que tracent les prescriptions légales entre la transgression et le respect ; il est toujours possible d’avancer. »

« Aussi n’est-ce certainement pas par hasard que Jésus s’en prend précisément à ce qui, en nous-mêmes, fait écran avec ceux que nous côtoyons : la colère, le désir, le mensonge. La colère, le ressentiment ou le mépris m’isolent : à partir de griefs souvent bien réels, je laisse se construire en moi une image de mon adversaire qui bientôt vit sa propre vie, parfois loin de celui qui en est l’origine. À travers la colère, je ne vois plus, je n’entends plus la personne qui me fait face : je l’ai remplacée par cette image de l’ennemi que je porte en moi, que je puis détester tout à loisir. »

« On est en droit de le penser, tant le discours de Jésus peut nous paraître, à nous aussi, profondément déroutant. Il ne ressemble pas, on s’en doute, aux recettes de bonheur que les magazines promettent pour quelques euros seulement, et qui le plus souvent ne dissimulent qu’un égoïsme superficiel où ne se laissent pas prendre les gens raisonnables.

Plus gênant : il ne ressemble pas davantage aux propos les plus sensés sur le bonheur, ceux que tiennent les conseillers les plus dignes d’attention, ce qu’on enseigne jusque dans les églises : avis prudents et sains, pesés au trébuchet de l’expérience et de la sagesse. Heureux ceux qui ont fondé une famille stable, heureux ceux qui ont un travail utile et qui les passionne, heureux ceux qui savent donner de leur temps pardessus le marché, sans pour autant renoncer aux nécessaires loisirs réparateurs.

Heureux ceux qui ne perdent pas leur temps, heureux ceux qui sont libres de toute addiction, heureux ceux qui savent construire des amitiés solides. Et puis, même si bien sûr l’argent ne fait pas le bonheur, heureux ceux à qui leurs fins de mois ne donnent pas d’inquiétude, heureux ceux qui sont en bonne santé et ont les moyens de se soigner. C’est plutôt d’après ces maximes-là que nous cherchons d’ordinaire le bonheur, nous estimant déjà bien sages d’avoir su éviter les illusions tapageuses de la jouissance, de l’argent facile ou de la notoriété. »

« Le tort de l’invité de la parabole n’est donc pas d’avoir oublié son smoking à la maison, lui qu’on a ramassé à quelque carrefour, mais de ne pas s’être laissé soigner et vêtir. Il est arrivé comme tout le monde, plus ou moins crasseux, pas franchement présentable, et nul ne peut le lui reprocher ; mais son tort est de n’avoir pas laissé le maître prendre soin de lui. Il ne s’est pas laissé regarder, purifier, aimer. Comme Pierre au soir du dernier repas, il a refusé que Jésus lui lave les pieds. Comment pourrait-il avoir part avec Dieu, s’il ne laisse pas l’amour de Dieu entrer en lui ? On croit si souvent que c’est la justice de Dieu qui est difficile ; et pourtant, c’est bien son amour pour nous que nous avons peine à accepter. »

« Voir le monde comme Dieu le voit, voir nos frères comme Dieu les voit, ce n’est pas embuer notre regard de tendresse naïve : c’est au contraire accepter de le voir comme il est en réalité, sans complaisance candide, mais surtout sans tous les filtres qui trop souvent nous protègent de la rencontre de ceux qui nous entourent. »

Annik

Le dit de Tian-yi

François Cheng

Lors d’un voyage en Chine, l’auteur retrouve le peintre Tian-yi, connu autrefois, qui lui remet ses confessions écrites. Tian-yi a vécu l’avant-guerre dans une Chine en plein bouillonnement. Plus tard, dans les années 1950, il est allé en Occident, où il a découvert une autre vision de l’art et de la vie.

De retour dans son pays soumis aux bouleversements de la révolution, il a voulu retrouver deux êtres chers : Yumei, l’amante, et Haolang, l’ami.

Mais une histoire dramatique les a emportés dans des tourmentes où Tian-yi, à son tour, sera pris …

Poète, traducteur, essayiste, spécialiste des arts de son pays d’origine, François Cheng a su métamorphoser le témoignage vécu en une extraordinaire fresque romanesque, saluée par toute la critique et couronnée par le prix Femina 1998.

Avis de lecteur :

Je sors de la lecture de ce livre, à la fois bouleversée et émerveillée, avec un sentiment de plénitude incroyable.

Est-ce cela un chef-d’œuvre littéraire ? Un livre aux multiples facettes, qui vous emmène dans de multiples directions, qui vous inspire une infinité de réflexions, de sensations, qui vous fait voir l’être humain dans ce qu’il a de plus abject et dans ce qu’il a de plus beau, qui vous fait comprendre que, sans ces deux dimensions que sont l’Art et l’Amour, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

Dans sa préface, l’auteur nous explique qu’il a connu Tianyi alors que celui-ci était à Paris au début des années 1950, et qu’il le retrouva bien plus tard, à la suite d’une lettre que ce dernier lui avait écrite en 1982, enfermé en Chine dans un asile. Cette rencontre lui permit de recevoir, de la part de Tianyi, une pile considérable de feuillets, et surtout d’écouter et de noter, durant de nombreux jours, le récit, souvent décousu, de son extraordinaire vie. Revenu en France, et après une longue période d’une grave maladie, il entreprend d’en construire un récit en français.

Je ne peux m’empêcher de citer la fin de cette préface, un paragraphe admirable :
« Avant que tout ne soit perdu, avant que le siècle ne se termine (le livre est publié en 1998), quelqu’un, du fond de l’insondable argile, a tout de même réussi, par la seule vertu de la parole, à faire don des trésors amassés le long d’une vie « emplie de fureurs et de saveurs ».

C’est donc le récit d’une vie, recréé par le miracle de l’écriture de François Cheng, un récit poignant magnifié par une vision philosophique et poétique du monde.

Le récit est impeccablement construit en trois parties :

  • d’abord « les années d’apprentissage », enfance, avec son lot de douleurs (mort de la petite sœur, mort du père), de tracas familiaux, mais aussi de joies, telle cette merveilleuse ascension du mont Lu avec son père, puis adolescence, éveil de sa vocation de peintre et surtout la découverte foudroyante à la fois de l’amour et l’amitié, par la rencontre de Yumei, « l’Amante » et de Haolang, « l’Ami ».
  • et puis, le séjour à Paris juste après la deuxième guerre mondiale, Tianyi ayant bénéficié d’une bourse pour étudier la peinture en France, la rencontre de « l’art occidental », et l’amour de Véronique, la musicienne.
  • et enfin, le retour précipité en Chine, à la suite de l’annonce par Yumei de la mort de Haolang, information qui se révélera plus tard comme erronée. Et l’interminable suite de souffrances liées au sort des intellectuels dans la Chine communiste ainsi qu’au suicide de Yumei. Mais les retrouvailles avec l’Ami, Haolang, dans un camp de « travail » en Sibérie., jusqu’à une fin tragique.

Mais surtout, le récit est, par-delà les moments de souffrance et de cruauté insoutenables, d’une merveilleuse poésie et d’une intense profondeur psychologique et philosophique.
Dès le début, les descriptions de la nature, notamment des nuages, sont des merveilles. Tout au long de la narration, et même dans les conditions extrêmes de la Sibérie, le lecteur est transporté par la beauté de la nature : êtres vivants, arbres, rochers, ciels, par le rythme des jours et des saisons.

Et puis, l’analyse du comportement des êtres humains est d’une extraordinaire acuité, qu’il s’agisse des pauvres ou des riches, des compagnons d’infortune dans les camps, des subalternes ou du « Chef » (ainsi est qualifié Mao par Tianyi), et même des parisiens qui prétendent tout connaître de la Chine. Toutes et tous, en quelques phrases, sont ramenés à ce qui les anime, à leurs moteurs existentiels, parfois de façon impitoyable, souvent avec une grande empathie.

Et enfin, les réflexions sur l’amour, l’amitié, la vie et la mort, l’Art, l’Univers, les êtres animés et inanimés, le temps, sont innombrables et profondes., au point que, comme tous les grands livres, ce livre vous invite au questionnement sur notre vie, sur la vie des humains, sur notre rapport aux autres et au monde.

Et il y aurait tant d’autres choses à dire sur ce livre, par exemple sur ce qu’il dit de la poésie chinoise sur l’analyse des peintres européens, etc…

Une incroyable richesse de « trésors amassés » comme l’écrit l’auteur dans sa préface.

Annik

Le jardin dans le ciel

Romain Potocki

Titsou a 17 ans, il vit seul avec sa mère, gravement malade, dans une banlieue abandonnée aux hommes de main du gitan El Ghaïb. Le jeune garçon n’est pas seulement pauvre et régulièrement humilié, il est aussi bègue.

Un jour Demba, le gardien malien de son immeuble, va lui offrir la clef de sa liberté en lui confiant celles du toit de son immeuble. Afin de faire soigner décemment sa mère, Titsou se lance dans un trafic de fleurs qu’il cultive sur le toit-terrasse de sa tour. De là, il surplombe sa cité et peut même apercevoir la mer…

Les fleurs ne serviront d’abord qu’à cacher l’odeur du haschich qu’il va régulièrement vendre au port, au nez et à la barbe du gitan, mais Titsou est de plus en plus fasciné par les crocus d’automne, la bruyère et les roses chantilly.

La rencontre avec Moustache, un jardinier au grand cœur, ancien de la légion étrangère et Sophie, une libraire iconoclaste, va lui permettre de dépasser peu à peu son handicap et peut-être même le déterminisme social. De boutures en lectures, l’horizon de Titsou s’élargit, mais El Ghaïb entend bien garder la main. S’engage alors une course contre la montre dont le prix pourrait bien être la vie du garçon… ou sa liberté.

Présenté à la rencontre Littéraire du 25/10/2025
Une jolie fable humaniste qui me rappel la parabole du semeur :
Le semeur, qui représente Jésus, jette les graines dont certaines tombent sur le bord du chemin, sur les roches et dans des buissons d’épines, et la semence est donc perdue; en revanche lorsqu’elles tombent dans de la bonne terre, elles produisent du fruit jusqu’au centuple.

Virginie