Paul Scolas

L’Évangile du Christ donne à ceux qui l’accueillent de naître en humanité. Et non seulement il offre de naître mais aussi de renaître au-delà de toutes les puissances de mort qui abîment nos vies. Pourtant, chez nous, cette parole chrétienne ne parle pratiquement plus. Aux yeux de beaucoup, elle est devenue comme une langue morte. Là est la crise la plus grave qui traverse l’Église. C’est pour contribuer modestement à rencontrer ce défi que ces pages sont écrites. Elles s’articulent autour de la nouveauté, toujours renouvelée, de la proposition chrétienne. Elles parcourent différents aspects de la foi sans en rien viser à en faire une présentation complète. Manifester qu’il s’agit là d’une parole de naissance, d’une parole faite chair qui est totalement don.
Une parole qui peut assumer et relever tout. Cette parole, c’est la personne du Christ Jésus. Ce n’est pas une doctrine, c’est encore moins un ensemble de valeurs morales. C’est la personne d’un crucifié reconnu comme le messie de Dieu. Car, au cœur de la foi des chrétiens, il y a la malédiction de la croix regardée pourtant comme livrant en silence la parole suprême de Dieu. A la croix, s’offre un passage à travers les puissances de mort qui vicient nos vies. Le récit chrétien ne banalise jamais ces puissances. Elles secouent et ébranlent l’espérance. Le christianisme ne s’accommode pas d’une espérance illusoire. L’espérance qu’il propose donne d’espérer contre toute espérance. Cette espérance qui ne se berce pas d’illusion, ouvre sur l’offre de devenir vraiment sujet, de pouvoir dire je. C’est là le grand trésor que nous propose la foi chrétienne : pouvoir devenir un sujet qui dit je alors même qu’il reçoit tout. Tout ceci se joue dans l’accueil d’un don, d’une grâce qui nous donne nous-même à nous-même. Tout se joue donc dans l’humilité, celle de Dieu et celle de ceux et celles qu’il élève. Dans ce regard de Dieu qui appelle, peut naître une confiance qui fait tellement défaut de nos jours. C’est elle qui permet de se tenir debout, de naître et de renaître.
Avis de lecteur :
Ce livre « Evangile, naissance d’humanité » écrit par Paul Scolas un prêtre de 75 ans, docteur en théologie de l’Université Catholique de Louvain se lit facilement pour qui aime la Parole de Dieu… qui parle à notre monde aujourd’hui…
J’aurai de nombreux passages à citer et du haut de mes 78 ans j’ai été touchée par : « Et voilà que je retrouve après 75 ans de vie et cinquante ans de ministère de prêtre cette phrase de Saint Augustin : « Cherchons donc comme ceux qui doivent trouver et trouvons comme ceux qui doivent chercher encore ; car il est dit : l’homme qui est arrivé au terme ne fait que commencer (Si 18,6) »
C’est qu’il s’agit d’accueillir la force du commencement, non seulement chaque jour, mais surtout quand se profile le vieillissement, le vieillissement du monde, le vieillissement de l’Eglise. Si la parole de la Genèse ne peut plus rien créer, c’est qu’elle n’a jamais été vraiment créatrice.
Cette parole ouvre un chemin de lumière au sein même des ténèbres et du chaos. Là est le vrai commencement, lorsque la Parole en laquelle tout s’inaugure adopte et prend sur elle la fragilité de notre chair. Que nous soyons des êtres de chair n’est en rien une malédiction. C’est une heureuse fragilité. La chair dans sa beauté fragile n’est-elle pas à la fois le lieu de nos plus grandes joies et de nos plus intenses souffrances ? La parole créatrice n’est pas prononcée au-dessus de la chair, elle prend chair. Et c’est l’itinéraire de Jésus de Nazareth, cet homme qui marche avec nous, même et peut-être surtout quand nos chemins vont vers la mort. Et là, il ouvre une voie de vie. »
Le résumé de la présentation étant si complet que je n’en dirais pas plus… commencer le Carême en dévorant ce livre ne fut pas une pénitence, au contraire.
Annik