Le Très-Bas

Christian Bobin

L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit derrière. Cette phrase convient merveilleusement à François d’Assise. On sait de lui peu de choses et c’est tant mieux. Ce qu’on sait de quelqu’un empêche de le connaître. Ce qu’on en dit, en croyant savoir ce qu’on dit, rend difficile de le voir. On dit par exemple : Saint-François-d’Assise. On le dit en somnambule, sans sortir du sommeil de la langue. On ne dit pas, on laisse dire. On laisse les mots venir, ils viennent dans un ordre qui n’est pas le nôtre, qui est l’ordre du mensonge, de la mort, de la vie en société. Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n’ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre. L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit derrière.

Conseillé à la rencontre littéraire du 27 juin 2026

Il y a des jours où les planètes s’alignent. Suite à l’ emprunt du livre « Le soleil se lève sur Assise », un autre livre sur la vie de Saint François m’est prêté (de Gianmaria Polidoro), suivi d’un ouvrage de Christian Bobin, également consacré à Saint François. Que tente-t-il de nous communiquer ?

Le premier ouvrage déborde d’espérance qui s’éveille à l’instar du soleil sur des vies abîmées : le second se lit comme un roman et nous avançons aux côtés de François, une œuvre moderne . Et puis, il y a “Le très bas“, une véritable révélation poétique.

Christian Bobin se demande comment peut on échouer quand on a Dieu avec soi ? Même en prison, François chantait ; il a trouvé la lumière du monde. François “un brave petit maçon” choisi par Dieu pour réparer sa maison qui tombe en ruine… Il comprend que la vérité est plus dans “le bas” que dans “le haut” et s’approche de la pauvreté. “Le très bas habite où la lumière manque de tout.Saint François parle aux hirondelles, s’entretient avec les loups ; il entre en réunion avec les pierres et organise des colloques avec les arbres. Il parle avec tout l’univers.

Sept siècle plus tard, l’oiseau s’en est allé avec son chant mais résonne encore ses paroles ” je ne vous demande pas d’être parfait, je vous demande d’être aimant“. Aurait il pensé que quelques siècles plus tard, un pape prendrait son nom ?

Si on veux connaître un homme, il faut chercher la direction où la vie l’a secrètement tournée. Trois livres tournés vers Assise.

Virginie

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