Une vie dans la présence de Dieu

Frère Laurent de la Résurrection

Cela fait près de trois siècles que ce classique de la spiritualité chrétienne encourage ceux qui ne peuvent se satisfaire d’une foi superficielle et qui aspirent à ouvrir chaque jour leur cœur à la présence de Dieu. Publiés après sa mort, les enseignements de frère Laurent de la Résurrection ont connu un rayonnement dans toute l’Europe. Dès lors, ce message a dépassé les barrières confessionnelles. À tous les croyants avides de simplicité et d’authenticité, frère Laurent propose l’art de pratiquer la présence de Dieu. Par cet exercice, il nous invite à prendre conscience de la présence divine par un acte de foi simple et continuel. Né vers 1614 dans le Duché de Lorraine à Hériménil, Nicolas Herman grandit dans une famille chrétienne. Jeune homme, il s’engage dans l’armée et se trouve entraîné dans les atrocités de la guerre de Trente ans. Blessé, il abandonne la carrière des armes et prend la résolution de servir Dieu. A 26 ans, il entre au Carmel en qualité de frère convers. Il prend alors le nom de Frère Laurent de la Résurrection. Le rayonnement de sa foi et la simplicité de ses enseignements lui valent très vite une grande renommée. Il meurt le 12 février 1691 dans une paix qui impressionne son entourage.

Léon XIV

Ce petit livre place au centre l'expérience, ou plutôt la pratique, de la présence de Dieu, telle qu'elle a été vécue et enseignée par le frère carme Laurent de la Résurrection, au XVIIe siècle. Comme je l'ai dit, avec les écrits de saint Augustin et d'autres livres, c’est l’un des textes qui ont le plus marqué ma vie spirituelle et m'ont guidé sur le chemin de la connaissance et de l'amour du Seigneur.

Le chemin que nous montre Frère Laurent est à la fois simple et ardu : simple car il ne requiert rien de plus qu'un souvenir constant de Dieu, par de petits actes continus de louange, de prière, de supplication et d'adoration, dans chaque action et chaque pensée, en ayant Dieu seul comme horizon, source et fin. Ardu, car il exige un chemin de purification, d'ascétisme, de renoncement et de conversion de notre être le plus intime, de notre esprit et de nos pensées, bien plus que de nos actions. C'est ce que saint Paul écrivait déjà aux fidèles de Philippes : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5) : ainsi, non seulement nos attitudes et nos comportements doivent être conformes à Dieu, mais nos sentiments, notre propre façon d’être. C'est dans cette intériorité que nous trouvons sa présence, la présence aimante et ardente de Dieu, si « autre » et pourtant si familière à notre cœur. Comme l'écrit saint Augustin, « l’homme nouveau chantera le cantique nouveau » (Sermon 34, 1).

L’expérience de l’union avec Dieu, décrite dans les pages de Frère Laurent comme une relation personnelle faite de rencontres et de conversations, de moments cachés et de surprises, d’abandon confiant et total, rappelle les expériences des grands mystiques, en premier lieu Thérèse d’Avila, qui témoigna elle-même de cette familiarité avec le Seigneur, parlant d’un « Dieu des casseroles ». Toutefois, elle indique un chemin accessible à tous, précisément parce qu’il est simple et quotidien.

Comme beaucoup de mystiques, Frère Laurent parle avec une grande humilité, mais aussi avec humour, car il sait que chaque chose terrestre, même la plus grandiose et la plus dramatique, est insignifiante devant l'amour infini du Seigneur. Ainsi, il peut dire avec ironie que Dieu l'a « piégé », car, entré au monastère peut-être avec une certaine présomption pour se sacrifier et expier durement les péchés de sa jeunesse, il y a trouvé au contraire une vie pleine de joie.

À travers le chemin que nous propose Frère Laurent, à mesure que la présence de Dieu devient peu à peu familière et occupe notre espace intérieur, la joie d'être avec Lui grandit, les grâces et les richesses spirituelles fleurissent, et même les tâches quotidiennes deviennent faciles et légères.

Les écrits et les témoignages de ce frère laïc carme du XVIIe siècle, qui, avec une foi lumineuse, a traversé les événements tumultueux de son époque, certainement non moins violents que les nôtres, peuvent aussi être une source d'inspiration et de réconfort pour notre vie d’hommes et de femmes du troisième millénaire. Ils nous montrent qu'aucune circonstance ne peut nous séparer de Dieu, que chacune de nos actions, chacune de nos occupations, et même chacune de nos erreurs acquièrent une valeur infinie si elles sont vécues en sa présence, continuellement offertes à lui.

Toute l'éthique chrétienne peut véritablement se résumer à ce rappel constant de la présence de Dieu : Il est là. Ce rappel, qui est quelque chose de plus qu’un simple souvenir car il touche nos sentiments et nos affections, dépasse tout moralisme et toute réduction de l'Évangile à un simple ensemble de règles, et nous montre réellement que, comme Jésus nous l'a promis, l'expérience de nous confier à Dieu le Père nous comble déjà au centuple ici-bas. S'en remettre à la présence de Dieu, c'est goûter une anticipation du Paradis.

Cité du Vatican, 11 décembre 2025.

Rencontre Calis du 28 février/Avis des lecteurs :

Nicolas Herman, un lorrain né en 1608, participe à la guerre de 30 ans.

A son retour, il entre dans l’ordre des Carmes déchaussés à Paris et prend le nom de frère Laurent de la Résurrection.

Embrasé de ferveur divine, il cherchait Dieu dans la sincérité et la simplicité de son cœur. Son but est de rester constamment en présence de Dieu, même dans ses occupations matérielles (Il s’occupe de la cuisine). Au cours de son travail, il entretient toujours une conversation familière avec lui et il ressent sa présence, ce qui le rend toujours joyeux ” Comptez tout le temps qui n’est pas employé à aimer Dieu comme perdu”.

Louange, demandes de pardon, remerciements, aide du ciel, conversations intimes. Confiance : les grâces abondent « Dieu est toujours avec nous, ne le laissez pas seul ».

Entretiens, lettres/Pratique de la présence de Dieu.

Reine

Avis de lecteur :

Il est difficile de donner son avis après le pape mais ce livre m’a tentée … J’ai commencé à lire les Confessions de Saint Augustin mais ce petit livre me faisait signe d’autant plus qu’il était écrit par un carme français et que je savais qu’il marquait la vie spirituelle de notre nouveau pape… plus abordable que Saint Augustin pour l’instant, il me promettait de vivre en présence de Dieu… En le parcourant j’ai été un peu rassurée car je retrouvais des moments simples et intimes que j’avais déjà expérimentés avec le Seigneur… un encouragement à en faire plus mon quotidien.

Ce qui lui semble premier c’est la foi :

« Lui seul est capable de se faire connaître tel qu’Il est. Nous cherchons dans le raisonnement et dans les sciences, comme dans une mauvaise copie, ce que nous négligeons de voir dans un excellent original. Dieu lui-même se peint au fond de notre âme, et nous ne voulons pas l’y voir : nous le quittons pour des futilités et dédaignons de nous entretenir avec notre Roi qui est toujours présent en nous. »

« C’est trop peu d’aimer Dieu et de le connaître par ce que nous en disent les livres, ou ce que nous en ressentons dans notre âme par les petites impressions de dévotion ou par quelques lumières. Il faut vivifier notre foi et nous élever par son moyen au-delà de tous nos sentiments pour adorer Dieu et Jésus-Christ dans toutes leurs divines perfections, tels qu’ils sont eux-mêmes. Cette voie de foi est l’esprit de l’Eglise et elle suffit pour arriver à une haute perfection. »

Non seulement ce frère contemplait Dieu présent par la foi dans son âme, mais dans tout ce qu’il voyait, dans tout ce qui arrivait, il s’élevait d’abord en passant de la créature au Créateur.

Il préférait dans le peu de lectures qu’il faisait, le saint Evangile.

Il s’entretenait par des actes continuels d’adoration, d’amour, d’invocation du secours de notre Seigneur dans ce qu’il avait à faire, il remerciait après l’avoir fait, et il lui demandait pardon de ses négligences en les avouant, comme il disait, sans plaider avec Dieu.

Cela ne s’est pas fait sans difficulté (ouf c’est donc normal)

Mais avec le temps et une grande fidélité il mérita d’être récompensé d’un souvenir continuel de Dieu.

« Le temps de l’action n’est point différent de celui de l’oraison. Je possède Dieu aussi tranquillement dans le tracas de ma cuisine que si j’étais à genou devant l’autel. »

Je ne sais pas pourquoi cela m’a fait penser au chemin de gratitude découvert il y a deux ans à Tamié… une invitation à m’y remettre sérieusement.

Annik

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