Nous irons tous au paradis

Marie Balmary et Daniel Marguerat

C’est un fait : le Jugement dernier n’est plus à la mode, et personne n’ira regretter le terrorisme sacré de jadis, sur lequel les Églises ont longtemps assis leur pouvoir clérical. Mais après ces siècles de culpabilisation morbide et de peur de l’Enfer, faut-il pour autant rejeter l’idée d’une rétribution des actes de chacun ? Si le Dieu Juge-d’antan est bien mort, en avons-nous vraiment fini avec la question du Mal et de la responsabilité ? Tout, dans notre société sécularisée, jusque dans nos mythes modernes et nos séries policières, nous montre au contraire que cette énigme nous obsède.

La psychanalyste Marie Balmary et le théologien Daniel Marguerat reprennent ici cette question à sa racine : celle des textes bibliques qui demeurent terriblement sévères en apparence – même ceux de l’Évangile. Or, à travers leur lecture en dialogue, une tout autre interprétation se fait jour, qui nous appelle à une vision de l’homme et de son avenir libérée de la peur. L’audace de ce livre à quatre mains nous fait découvrir une dimension insoupçonnée des Écritures.

Livre présenté à la rencontre littéraire du 25/10/2025

Commentaire de nos lecteurs (rencontre littéraire du 29/11/2025).

Marie Balmary et Daniel Marguerat ont écrit ce livre à “4 mains” ; c’est une sorte de dialogue entre eux, en partant chacun de leur pratique professionnelle, ce qui donne un livre intéressant. Marie Balmary est psychanalyste, née dans une famille catholique. Elle étudie la Bible depuis très longtemps, a appris l’hébreu et créé des groupes de lecture biblique. Elle part de concepts psychanalytiques pour comprendre et interpréter les textes. Daniel Marguerat est un théologien protestant, pasteur, il est exégète et bibliste. Professeur de théologie protestante à l’université de Lausanne. Il a écrit de nombreux ouvrages.

Leur 1er constat : le jugement dernier n’est plus à la mode ! Ils partent des représentations des malheurs infernaux (aux portiques des cathédrales…) et constatent que les théologiens actuels réfutent ces représentations : ” Ni les descriptions des tourments des damnées, ni l’idée d’un purgatoire ne peuvent légitimer d’un fondement biblique”. Cependant, l’ Eglise ne s’est pas gênée d’exploiter “le filon” ! Les 1er chrétiens n’ont pas inventé l’idée d’un jugement dernier, ils l’ont hérité du judaïsme.

Au fil de pages, on assiste à un échange très enrichissant, entre les 2 auteurs, avec beaucoup de respect mutuel. Ils avancent ensemble, bien que partant d’un horizon professionnel très différent : La réflexion de l’un fait avancer celle de l’autre? Leur constat est que tout le Nouveau Testament parle du jugement dernier et cette croyance au jugement dernier se nourrit d’une protestation contre le mal. La foi au jugement est l’ultime barrage contre la prétention humaine de toute puissance.

Leur constat est que les représentations du mal, les peurs… n’ont pas disparues : elles se retrouvent dans les livres de science-fiction, des films contemporains, des histoires telles que “Harry Potter”, et même certaines chansons (ils citent l’Auvergnat de Georges Brassens). Ils évoquent aussi plusieurs paraboles, et leur réflexion chemine jusqu’à envisager une certaine utilité dan cette notion de jugement dernier (résister au mal) arrivant à l’idée que le jugement dernier est “une fiction fondatrice”, qui engendre responsabilité et non culpabilité” . Mais pour eux le Dieu juge passe après le Dieu amour.

Leur conclusion : “Au long de notre réflexion, nous avons cueilli au cœur des représentations du jugement , la seule chose que nous serions coupables de taire, une interrogation : “Que fais tu de ta vie ? Que fais tu de ton humanité”.

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