Albert Camus

Je n’ai que vénération et respect devant la personne du Christ, et devant son histoire. Je ne crois pas à sa résurrection. » Cette affirmation paradoxale d’Albert Camus constitue une énigme pour les croyants comme pour les incroyants. Alors qu’il lit la Bible et certains maîtres de la tradition spirituelle comme saint Augustin – auquel il a consacré son mémoire de fin d’études – ou encore saint Ignace, le philosophe se déclare incroyant, mais non pas athée.Véronique Albanel prend acte de la distance qui sépare Camus de la croyance chrétienne, en particulier de l’affirmation de saint Paul : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi » (1 Co 15,14). Mais, en analysant les nombreuses références au Christ dans l’ensemble de l’oeuvre du philosophe, elle met en évidence la cohérence exemplaire d’un engagement moral et spirituel qui, aujourd’hui encore, « nous aide à vivre et à espérer ».Si ses critiques à l’égard du christianisme peuvent paraître féroces, et teintées parfois d’ironie, Camus nous fait découvrir un Jésus aimant et agissant dans l’Histoire. Car, pour lui, le Christ – qu’il reconnaît dans la personne de sa mère, « pauvre et ignorante » – est un exemple vivant qui habite les prisons en Espagne pendant le franquisme, rend la terre aux pauvres en Algérie, se soucie des damnés. En faisant le choix d’aimer, de pardonner et de ne pas désespérer, le philosophe nous appelle à rester solidaires de ceux qui « souffrent et meurent » privés de la grâce.
Véronique Albanel est professeure de philosophie aux Facultés Loyola Paris, spécialiste notamment du rapport entre christianisme et politique chez Hannah Arendt.
Présenté à la rencontre littéraire du 31 janvier 2026
Avis de lecteur :
« Le Christ d’Albert Camus » : quand l’incroyance interroge l’Église
Par Héloïse de Neuville
Publié le 9 octobre 2025 à 9h48 dans La Croix
Dans Le Christ d’Albert Camus, publié en septembre aux Éditions Desclée de Brouwer, la professeure de philosophie Véronique Albanel explore le dialogue intense que l’écrivain et philosophe a entretenu avec le christianisme. Une réflexion qui pousse les chrétiens dans leurs retranchements.
« Je n’ai que vénération et respect devant la personne du Christ et devant son histoire. Je ne crois pas à sa résurrection. » Au lendemain de la remise de son prix Nobel, cette déclaration paradoxale d’Albert Camus résonne encore comme une énigme. Comment l’auteur de L’Étranger et de La Peste, qui se disait incroyant, a-t-il pu entretenir un dialogue aussi intense avec la figure de Jésus dont il ne reconnaît pas la dimension divine ?
C’est à cette question que Véronique Albanel, professeure de philosophie aux Facultés Loyola Paris, consacre un essai lumineux. Un ouvrage qui intéressera bien au-delà du cercle des initiés d’Albert Camus en ce que l’écrivain-philosophe y prend la proposition chrétienne redoutablement au sérieux et pousse les chrétiens dans leurs retranchements.
Un rejet du péché originel
Albert Camus, retrace l’autrice, n’affirme ni l’inexistence de Dieu ni l’impossibilité de le connaître. Éprouvé par la maladie, conscient de la primauté du corps, c’est l’Incarnation qui le touche, ce Dieu fait homme qui partage la condition humaine. Mais ce qui scelle son incroyance, c’est l’absence de Dieu face au mal et à l’injustice : comment supporter le silence divin devant la souffrance des innocents ?
Cette protestation inlassable traverse toute son œuvre. Dans ses Carnets de 1942, il confie cette étrange intuition : « Imaginer Dieu sans l’immortalité humaine. » L’écrivain cherche un Évangile qui s’arrêterait à la croix, qui ne promettrait pas de vie éternelle mais appellerait à la solidarité terrestre. Son royaume, contrairement à celui du Christ, est bien de ce monde.
L’ouvrage éclaire également la sévérité d’Albert Camus à l’égard de l’Église institutionnelle. Journaliste à Combat entre 1944 et 1947, il dénonce avec intransigeance le silence de Pie XII devant la Shoah, l’alliance sanglante de l’Église espagnole avec le franquisme, la justification théologique de la peine de mort par la croyance en l’immortalité de l’âme. Pour lui, l’Église a trahi le message originel du Christ en ajoutant les notions de jugement, de châtiment et de récompense, transformant la Bonne Nouvelle en une histoire déterminée par le Jugement dernier. Il rejette vigoureusement le dogme du péché originel qui nie, selon lui, la part d’innocence présente en chaque être humain.
Une fascination pour le Christ
Ces critiques, Véronique Albanel le rappelle avec justesse, peuvent aussi témoigner d’une immense attente. Albert Camus, édifié par ses quelques amitiés avec des résistants catholiques, regrette toutefois que « tant de chrétiens » l’aient découragé d’aimer le christianisme. Propos qu’il corrige aussitôt : « un peu injustement d’ailleurs », avant d’ajouter : « Mais il y avait les évêques de Franco. »
Au terme de ce parcours minutieux à travers l’œuvre camusienne, Véronique Albanel révèle combien le chemin philosophique d’Albert Camus reste teinté d’une fascination pour la vie terrestre du Christ, qui incarne toutes ses attentes : il représente à la fois le sacrifice humain dans sa dimension la plus aboutie et une vie morale exemplaire, restée proche des pauvres et des humiliés. Nourri de pensée grecque, bouleversé par Pascal, Simone Weil et Dostoïevski, Albert Camus développe ce qu’on pourrait appeler « une mystique solidaire », dont le seul horizon est la fraternité terrestre.
« On ne peut pas christianiser Albert Camus mais on ne peut pas non plus le déchristianiser », relève l’autrice. Cette formule résume parfaitement l’apport de ce livre qui, sans chercher à récupérer l’écrivain pour la cause chrétienne, restitue la profondeur d’un dialogue brutalement interrompu par la mort de l’écrivain en 1960. Pour les chrétiens de 2025, la protestation camusienne garde toute sa force interpellative.
C’est cet article dans La Croix qui m’a donné envie de lire cet essai… avec le désir aussi de relire les romans de cet écrivain.
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... et j’en passe
Tant de chrétiens découragent d’aimer le Christianisme et j’en fait certainement partie…
Annik