Derniers Fragments d’un long voyage

Christiane Singer

Le 1er septembre, un jeune médecin annonce à Christiane Singer qu’elle a encore six mois au plus devant elle. Le 1er mars, Christiane Singer clôt le carnet de bord de ce long voyage. « Le voyage – ce voyage-là du moins – est pour moi terminé. À partir de demain, mieux : à partir de cet instant, tout est neuf. Je poursuis mon chemin. Demain, comme tous les jours d’ici ou d’ailleurs, sur ce versant ou sur l’autre, est désormais mon jour de naissance. »

« La démarche de Christiane Singer, son courage, sa générosité sont sublimes, elle le sait, le dit et c’est sans doute ce qui lui donne cette force magnifique. […] D’un lyrisme dense et cru, elle réinvente ici la mort, en fait le visage même de la vie. » Fabienne Pascaud, Télérama.

« Un testament spirituel de tout premier ordre. […] Un hymne à la joie […]. Un français étincelant, épuré jusqu’à l’os et pourtant baroque. » Astrid de Larminat, Le Figaro.

« Un journal dans lequel la joie et l’espérance sont plus fortes que la mort. Par son écriture ardente et ses paroles toujours aimantes, Christiane Singer est parvenue à léguer un bel héritage spirituel, accessible à tous, au-delà des rites et des confessions. » Claire Lesegretain, La Croix.

« C’est le livre d’un maître. Nul doute que ce livre changera notre regard sur la vie et la mort. » Marie de Hennezel, Psychologies Magazine.

« Un livre bouleversant, impressionnant de force et d’abnégation, incroyablement lumineux. » Questions de femmes.

« Une leçon de courage. Et de vie. » Isabelle Courty, Le Figaro Magazine. « Accompagnée des mystiques chrétiens, des maîtres de sagesse orientaux, musulmans et juifs […], Christiane Singer témoigne, lumineusement, du passage d’une vie vers une autre. » Bruno de Cessole, Valeurs actuelles.

« Si ce livre touche, c’est moins parce qu’il est parcouru par la douleur qu’en raison de l’incroyable (au sens premier) joie de vivre qui le sous-tend. » Pierre Maury, Le Soir.

Avis de lecteurs

Ayant vécu l’accompagnement et la mort de Christian mon mari ce fut à la fois déchirant et plein de lumière.

Ce n’est certainement pas par hasard que je me suis retrouvée comme appelée à continuer ce chemin de lumière en m’engageant dans la pastorale de la santé… Mon mari est un savoyard, donc peu expansif quand au partage de son ressenti mais nous avions appris à nous rejoindre et à nous comprendre dans ce silence que je respectais.

Les mots de Christiane Singer me font comprendre pourquoi Christian à sa façon est parti sereinement ne me laissant pas dans une nuit de désespoir mais au contraire m’encourageant à poursuivre d’une autre façon notre chemin commun.

Je me contenterai de citer quelques passages qui m’ont illuminée.

« Le christianisme est en moi comme un vide incendiaire que je n’ai pas voulu remplir. A jamais neuf mais qui s’invente de neuf chaque jour.

Et néanmoins continue de vivre en moi toutes ces religions que j’ai tant aimé honorer et qui me l’ont si généreusement rendu. Autant de chemins de compassions pour donner forme, rite et matière à l’invisible qui nous fonde

Ainsi, la double spirale des Veda, profusion et rigueur cosmique de l’hindouisme. Les mondes Jubilent.

Ainsi, le bouddhisme qui m’apprit à décrypter le fonctionnement de mon esprit, et tous les filtres de la conscience. L’extrême rigueur y rejoint la plus vertigineuse des bienveillances.

Ainsi, le judaïsme qui m’apprit « l’autre ». Le fin du fin de la tendresse humaine. Quand casse la dure cosse de la dure loi, l’amour exulte et déborde. Et dans chaque regard c’est Toi qui me rencontres. Toi l’Innommé !

L’islam mystique et humaniste qui m’a comblée de sa splendeur lyrique, de son ivresse de beauté et de dignité.

Et jusqu’au fond des temps, il y a eu le dialogue passionnel et ininterrompu des chamanismes entre le visible et l’invisible, le monde révélé et les arcanes, la nature dont nous sommes part et son Créateur. J’en viens à m’interroger si la science contemporaine, lorsque sa hargne contre le sacré cesse, n’est pas aussi un possible de cet éblouissant héritage du chamanisme. » Pages 92 et 93

Certains y verraient un syncrétisme dangereux, mais personnellement j’y vois un appel à une grande ouverture que seul l’Esprit saint peut inspirer.

« La porte s’ouvre, un jeune prêtre entre m’apporter la communion ; il est flanqué de deux acolytes et porte l’ostensoir. Très sûr de lui, péremptoire dans sa gestique, entier contenu dans sa fonction, il commence de me fermer le cœur. Une lassitude me saisit. Je lâche au vent la voilure.

A l’instant où monte ces paroles, « le corps du Christ », fortement articulées, mes yeux s’entrouvent : entre le prêtre et moi se tient le Christ. Mon saisissement est total. Aucune représentation ne m’eût jamais donné ce que je suis en train de vivre. Aucune. Car il n’y a personne qui se tienne là. Dans l’espace énergétique d’un corps d’homme sont contenues toutes les manifestations existantes du Christ, une infinie multitude de visages qui lui ont été donnés, de l’iconographie naïve à l’art le plus élaboré, de Grünewald à Michel-Ange, de Rembrandt à Rouault, de Cimabue à Rodin, du Pantocrator aux Jésus des Pardons de Bretagne. Tous les visages que j’ai réunis en moi depuis le tout début, visage d’aube et d’humanité. Et tout cela est présent à la fois dans une vibration puissante et insoutenable. Pour une fraction de seconde, surnage un visage qui me sourit, un autre se tourne vers moi, même mon père surgit tel qu’il m’apparut une seule fois dans ma vie à la fin d’un dialogue ardent. Je suis électrisée, en feu. L’intensité de cette superposition est indescriptible, et son prodigieux décryptage. Christs infinis de possibles renouvelés, habités, investis, enchevêtrement poignant. Je participe du devenir de ce Christ cosmique brassé par des océans de conscience. Nous sommes appelés, aspirés à en être tous…

Voilà une éternité que cela dure. Le jeune prêtre me salue, me souhaite bonne amélioration, s’éloigne. La porte se ferme derrière lui. Mon visage est baigné de larmes, mes dents claquent. Je reste longtemps comme une araignée suspendue à un fil sous la vastitude de la coupole.

Depuis ce Christ m’habite de sa haute vibration comme du ruissellement d’une fontaine. » Pages 99 et 100

Cette description du Corps du Christ rejoint tellement ce que je ressens souvent à la messe à la maison de retraite… Christiane Singer a mis des mots si beaux sur ce qui est difficilement partageable…

« C’est la Saint – Valentin aujourd’hui. Le prêtre nous apporte à tous « une lettre d’amour de Dieu : J’ai tout mon temps pour toi, tu m’es précieuse… ». Une exquise initiative qui met un frison d’internat dans les couloirs. Des patients en chemise de nuit blanche, la lettre entre les mains, lisent et relisent, s’attardent et rêvent. J’ai vécu plusieurs jours d’un bonheur quotidien. » page122.

Et puis dernier passage très utile dans la pastorale de la santé, dans l’écoute du frère que nous venons visiter.

« Tous les êtres sont émouvants de bonté et d’amour – même s’ils l’ignorent eux-mêmes, c’est ainsi qu’ils m’apparaissent – jusqu’à la sensible ligne de démarcation où viennent suppurer les conseils, le savoir théorique fraîchement acquis ou même ancien et qui doit à tout prix être communiqué. A ce moment se produit une dégradation des composantes chimiques dans la relation : le visiteur a succombé à la tentation « d’aider » ! L’unicité, la singularité totale de la rencontre est perdue – car dans la rencontre de l’autre – ici ce voyageur des mondes que d’aucuns appellent le malade -, n’est respectueux que le non-savoir radical. Ce qu’il vit, il est le tout premier à le vivre. » page 130

Dans les visites du frère malade, âgé, l’écoute est si précieuse, une rencontre qui transforme… qu’ai-je apporté ? C’est sur cette question que je préfère rester, heureuse à la limite de ne pas le savoir mais si heureuse de cette rencontre du christ en ce frère. Serviteur inutile et pourtant indispensable à cette Présence Réelle qui me dépasse.

Annik

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