M.Y Bolloré et O. Bonnassies

Dieu existe-t-il, oui ou non ? Vous vous posez la question ? Alors ce livre a été écrit pour vous… et même si vous ne le lisez pas de bout en bout, vous pourrez toujours choisir ce qui vous plaît devant un copieux buffet proposé par les deux auteurs. Bonne dégustation.
Avis de lecteurs
Ce livre a été lu au début de nos rencontres Calis… et trouvant aujourd’hui des articles d’un Abbé Paul Roy que je ne connais pas sur le site Hozana alors que je suivais un parcours d’été 2025 : en vacances avec Dieu ! je trouve très intéressant les points d’attention qui nous sont proposés à la suite de la lecture de ce livre…tout cela en suivant Saint Thomas d’Aquin…et sa Somme Théologique !
Je vous les propose donc et j’envisage aussi d’acheter pour la bibliothèque le livre du jésuite François Euvé La science l’épreuve de Dieu…
Saint Thomas d’Aquin me fait signe aussi …
Cheminement sans fin mais si enrichissant quand on se met à lire à Calis.
Annik
Le succès en librairie de Dieu, la science, les preuves par Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies a réveillé le débat apologétique – la défense de la foi – et en particulier sur la question de l’existence de Dieu. L’événement paraît providentiel, alors qu’un sondage de septembre 2021 affirmait pour la première fois qu’une majorité de français (51%) déclare ne pas croire en Dieu.
Un livre qui réveille l’apologétique francophone
L’ouvrage, déjà plusieurs fois réimprimé, est un beau volume de 580 pages, fruit de plusieurs années de travail et publié sous un format agréablement présenté et illustré. Une première partie présente des avancées scientifiques récentes (XXème et XXIème siècle) qui conduiraient à revoir l’athéisme de principe de la communauté scientifique : la théorie de la mort thermique de l’univers, celle de sa formation par le Big Bang, le principe anthropique – le réglage minutieux des données permettant l’éclosion de la vie, et le saut qualitatif représenté par l’apparition du vivant. Après avoir recensé en outre l’opinion d’un certain nombre de savants célèbres, les auteurs présentent en sus des preuves « hors science » : des vérités difficiles à atteindre par l’homme et contenues dans la Bible, la concordance des prophéties, la question de la personne de Jésus, le destin du peuple juif, le miracle du soleil à Fatima. Après un retour conclusif sur les arguments matérialistes, les auteurs concluent à leur irrationalité et affirment la validité de leurs preuves de l’existence de Dieu.
Sa publication a suscité un certain engouement dans le monde catholique français, avec les congrès Mission de l’automne, on peut y voir un signe heureux que toute ambition missionnaire n’est pas abandonnée.
Une démarche qui suscite des réserves
Certaines critiques ont toutefois été apportées dans des revues sérieuses par des auteurs dont les réserves méritent d’être considérées.
Un premier bémol dénonce dans la volonté de prouver Dieu par la science une adhésion implicite au scientisme : on semble alors croire que la science a réponse à tout. En voulant prendre les armes de l’adversaire pour lui répondre plus efficacement, on s’empêche en effet de choisir le terrain de l’argumentation et l’on risque d’entrer trop profondément dans un système de pensée faussé
La deuxième critique voit dans cette entreprise une résurgence de concordisme – la volonté de justifier la Bible par la science, le supérieur par l’inférieur, qui revient à en fragiliser l’autorité, avec le risque que la remise en cause d’une théorie scientifique vienne saper les bases du dogme révélé. Or en argumentant sur le terrain des sciences expérimentales, on ne peut s’appuyer que sur des théories, toujours susceptibles par conséquent d’être dépassées.
La démarche semble ainsi négliger la place nécessaire de la philosophie comme intermédiaire entre la foi et les sciences expérimentales dans la hiérarchie des sciences de saint Thomas d’Aquin. Selon l’Aquinate en effet la philosophie seule – et précisément la métaphysique, la discipline qui étudie l’être en tant qu’être – peut atteindre à l’existence de Dieu. Dieu n’est pas sujet de cette science, mais il peut être connu en tant que principe de son sujet.
Alors faut-il tout abandonner et se restreindre à n’utiliser en toute démarche apologétique que des arguments métaphysiques, dont l’efficacité dans le contexte actuel semble limitée ? Nos contemporains paraissent souvent bien incapables de tels raisonnements, et sont au contraire souvent arc-boutés sur des objections scientifiques assez sommaires (« Dieu n’existe pas parce qu’il y a la théorie de l’évolution…, parce qu’il y a le Big Bang… »).
En quel sens la « science » peut-elle parvenir à Dieu ?
Certaines opinions plus nuancées ont été exprimées à propos de l’ouvrage de MM. Bolloré et Bonnassies. Il y a souvent malentendu sur le sens du mot « science » : au sens moderne, le terme désigne des disciplines expérimentales qui ne peuvent statuer sur l’origine ultime du monde dont elles cherchent à percer les lois. Les sciences dures ne trouveront jamais Dieu, ni dans leur micro, ni dans leur télescope. Cependant les données apportées par ces sciences peuvent nourrir le raisonnement philosophique, apte en droit, lui, à démontrer l’existence de Dieu. Saint Thomas d’Aquin n’aurait probablement pas refusé une telle utilisation de conclusions expérimentales en métaphysique : c’est bien le mécanisme – l’induction – par lequel il initie ses fameuses preuves rationnelles de l’existence de Dieu, la première voie à partir de la constatation de l’existence du mouvement dans le monde, ou encore la cinquième à partir de l’observation de la finalité, dont on pourrait dire que le « principe anthropique » de MM. Bolloré et Bonnassies est comme le pendant, version XXIème siècle. À la suite d’Aristote, la démarche de saint Thomas est en effet profondément réaliste : or c’est justement les sciences dites « dures » qui sont le point de contact de la philosophie avec le réel, le tangible.
Il faut cependant rester humble en la matière, et conscient que l’utilisation dans un raisonnement philosophique de prémisses issues de sciences inférieures peut fragiliser sa conclusion. Fragilité du point de vue de la validité rationnelle de l’argument, certes, mais force de frappe démultipliée du point de vue de sa capacité à convaincre les esprits amétaphysiques de nos contemporains.
La foi est un don gratuit, mais sa crédibilité peut être soutenue par de bons arguments
C’est pourquoi, après l’agréable lecture de Dieu, la science, les preuves, on sera intéressé par les diverses nuances apportées, mais on voudrait ne pas perdre pour autant le bel enthousiasme qui anime l’ouvrage et qui se communique avec abondance à celui qui y trouve des motifs renouvelés de crédibilité pour sa foi, des arguments nouveaux et frappants dans le dialogue avec l’athéisme partout régnant, et même – pourquoi pas – des lumières contemplatives pour reconnaître dans l’ordre tellement admirable du créé la marque de la bonté infinie de Dieu et de son amour fou pour l’homme. Sans perdre de vue que la foi est don absolument gratuit, une grâce au sens fort du terme, qui ne peut être provoquée par nos propres efforts, on trouvera avec bonheur dans cet ouvrage et dans l’émulation intellectuelle suscitée par sa publication un souffle nouveau pour annoncer Dieu à notre monde qui en a tant besoin, et de nombreux arguments pour le lui rendre plus connaissable.
Abbé Paul Roy, FSSP
Dieu, la science, les preuves, avait fait parler de lui à l’automne et s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires, il est encore en tête de gondole dans les librairies généralistes. Il vient d’y être rejoint par un essai qui lui répond directement – si l’on en croit le bandeau ajouté à sa couverture – La science, l’épreuve de Dieu, du jésuite François Euvé.
Deux approches très diverses
L’auteur reconnaît que son livre (186 pages) n’entend pas répondre point par point au monumental essai de MM. Bolloré et Bonnassies (577 pages). Il veut plutôt présenter sur certains points un éclairage complémentaire ou plus nuancé. La présentation qu’il fait du sujet se décline en trois parties. La première aborde la possibilité de prouver l’existence de Dieu, à partir des prises de position classiques sur le sujet. La seconde revient sur les évolutions récentes de la science en lien avec la question de l’existence de Dieu. La troisième entend prendre du recul en traitant de la possibilité d’un dialogue entre la science et la foi. Le livre se conclut par une mise en application immédiate, puisqu’y est inclus un dialogue entre l’auteur et le physicien Etienne Klein.
Les deux ouvrages ont beau traiter du même sujet, il semble que tout les oppose : gabarit, présentation du premier rehaussée par de nombreuses images, diagrammes et tableaux là où le second se distingue par sa sobriété, et surtout large différence de style et de point de vue. La démonstration de MM. Bolloré et Bonnassies se singularise par un esprit résolument optimiste et enthousiaste, qui les conduit à présenter l’évolution récente des sciences expérimentales comme venant presque unanimement corroborer leur thèse d’un retour en force de la solution théiste. Dans un style plus nuancé, le P. Euvé se montre d’une grande prudence, choisissant de brosser à grand traits le tableau historique, sans le présenter comme évoluant vraiment dans un sens ou dans l’autre. Il reconnaît que les découvertes du XXe siècle ont remis en cause le triomphalisme d’une science qui se voulait résolument athée, en réintroduisant dans les modèles théoriques un aspect mystérieux et énigmatique (physique quantique par exemple, mur de Planck dans le cas du Big Bang). Ainsi la science contemporaine n’impose pas, selon le P. Euvé, une vision matérialiste fermée à toute transcendance.
La science peut-elle prouver Dieu ?
Mais elle ne peut pas à l’inverse aller jusqu’à imposer le théisme, encore moins la foi en un message religieux particulier. Le P. Euvé récuse l’usage du terme « preuve » pour qualifier les arguments scientifiques en faveur de l’existence de Dieu, préférant le terme « signe », dont il relève qu’il est celui utilisé par saint Jean pour décrire les miracles de Jésus. Quant à cette notion de « preuve », il est vrai que MM. Bonnassies et Bolloré ont pu prêter le flanc à la critique en présentant indifféremment comme « preuve » des arguments très divers, fondés pour les uns sur les dernières recherches scientifiques, pour les autres sur des phénomènes surnaturels (Fatima et le miracle du soleil), ou encore les raisonnements philosophiques menant à l’existence de Dieu. En fait les auteurs de Dieu, la science, les preuves, entendent présenter 12 preuves aux caractères variés, pour laisser aux lecteurs le choix d’être convaincus par celle qui les touche le plus. Les pistes s’en retrouvent parfois brouillées, car certaines de ces « preuves » conduisent au seuil de l’affirmation de l’existence de Dieu, tandis que d’autres sont directement des justifications du message chrétien.
Saint Thomas d’Aquin et la preuve de Dieu
Sur cette notion de preuve il faut toutefois revenir à saint Thomas d’Aquin et à son raisonnement sur cette matière, cité par le P. Euvé dans son argumentation. Il nous semble que ce serait revoir considérablement à la baisse la démarche du docteur angélique que de faire des « cinq voies » de la Somme de Théologie un ensemble de « signes » de l’existence de Dieu. L’Aquinate annonce d’emblée son intention dans ce commencement de la Somme : « l’existence de Dieu est évidente par elle-même ? » (Réponse : de soi oui, mais par pour nous car nous ne savons pas ce que Dieu est) ; « l’existence de Dieu est-elle démontrable ? » (Réponse : oui en tant qu’à partir des effets on peut remonter à la cause). Puis il passe à la démonstration proprement dite, qu’il entame en affirmant qu’on peut suivre « cinq voies » pour « prouver » (en latin probari) que Dieu existe.
Saint Thomas emploie en théologie plusieurs types d’arguments : lorsqu’il se trouve face à un mystère révélé, insondable par la raison humaine, il considère que le théologie doit se contenter d’avancer des « arguments de convenance », qui essaient d’apporter un éclairage sur le dessein divin déjà posé et révélé. Avant d’en arriver à ces vérités élevés, le théologien doit cependant assurer les fondations de la foi – les préambules, qui sont quant à eux démontrables au niveau purement naturel. C’est encore une fois affirmé bien clairement par l’Aquinate dans ces articles importants de la Somme de Théologie :
L’existence de Dieu et les autres vérités concernant Dieu, que la raison naturelle peut connaître, comme dit l’Apôtre (Rm 1, 19), ne sont pas des articles de foi, mais des vérités préliminaires qui nous y acheminent. En effet, la foi présuppose la connaissance naturelle, comme la grâce présuppose la nature, et la perfection le perfectible. Toutefois, rien n’empêche que ce qui est, de soi, objet de démonstration et de science ne soit reçu comme objet de foi par celui qui ne peut saisir la démonstration.[1]
Il est ainsi évident que pour saint Thomas les cinq voies représentent une véritable « preuve » de l’existence de Dieu, une preuve scientifique, puisqu’elle relève de la plus haute des sciences accessibles à la raison humaine – la métaphysique, celle qui fait justement parvenir l’esprit créé au seuil de l’incréé, à l’existence de l’immatériel et du divin. C’est ce qu’affirme sans ambages un des plus grands spécialistes contemporains de l’Aquinate : « Il ne peut y avoir aucun doute sur le fait qu’il ait été convaincu que l’existence de Dieu peut être prouvée ou démontrée en philosophie. » [2]
Rester nuancé sans déprécier la capacité de la raison humaine à atteindre Dieu
On saluera donc dans la démarche du P. Euvé la volonté de revenir à une présentation plus équilibrée de l’évolution des opinions contemporaines au sujet des énigmes scientifiques qui pourraient mener au théisme. Un optimisme trop affiché, taxé même de « naïveté » par Etienne Klein, risque de prêter le flanc à des critiques faciles, voire de conduire certains à se lancer dans un concordisme (volonté de faire absolument correspondre les derniers résultats de la recherche avec les données de foi) qui n’est jamais satisfaisant et se traduit par une fuite en avant.
On regrettera en revanche que ne soient pas distingués plus clairement les différents plans auxquels se déploie une démarche intellectuelle conduisant à affirmer l’existence de Dieu : c’est justement sur ce point qu’une précision critique du livre de MM. Bolloré et Bonnassies nous semble particulièrement utile. Si les sciences dures ne peuvent que nous mener face à des énigmes dont la résolution semble orienter vers la présence d’une intelligence à l’origine de l’univers, d’un au-delà de l’espace et du temps, il est certain que ces disciplines ne sauraient nous mettre en contact avec Dieu lui-même, puisque leur objet est par définition matériel, alors que Dieu est immatériel. En revanche, la philosophie a pour tâche la plus haute de nous faire parvenir au seuil de la théologie, en démontrant rationnellement les préambules de la foi. Une fois ces préliminaires établis, le discours théologique se trouve certes souvent limité à des argumentations de convenances ou négatives (apophatisme : on peut dire de Dieu ce qu’il n’est pas mais non ce qu’il est), à des raisonnements par analogie. Mais il faut rappeler avec le concile de Vatican I que :[3]
Dieu, principe et fin de toute chose, peut être certainement connu par la raison humaine naturelle à partir des choses créées.
On se réjouit de voir le débat apologétique encore une fois relancé, même si les utiles précisions factuelles apportées par le P. Euvé auraient pu s’inscrire dans une distinction plus évidente des différents plans de connaissance. Il semble que tout ce qui peut être fait pour armer les chrétiens face à la négation absolue de tout ce qui renvoie au divin doit être encouragé et apprécié.
Références
- Références
- ↑1
- Somme Théologique, Ia, q. 2, a. 2, a1m
- ↑2
- John. F. Wippel, La métaphysique de saint Thomas d’Aquin, Paris, Cerf, 2022, p. 515
- ↑3
- Vatican I, 1870, Session III, Constitution Aeterni Patris, chapitre 2 : Deum, rerum omnium principium et finem, naturali humanae rationis lumine e rebus creatis certo cognosci posse.
- Abbé Paul Roy, FSSP