Célébration de la vie imparfaite

Paolo Scquizzato

Faiblesses, péchés, incapacités, inadaptations, fêlures psychologiques… Combien de blessures portons-nous, qui déterminent notre vie et influencent nos relations personnelles ? Que faire de ces blessures ? Comment vivre avec ? La seule issue possible, nous dit Paolo Scquizzato dans cet ouvrage lumineux, est de les envelopper de ce baume qu’est l’amour : unique moyen de grandir et de voir nos propres impuretés devenir perles, à la manière de l’huître qui recouvre peu à peu de nacre le corps étranger qui l’a blessée. Pour gagner notre salut, il s’agit donc non pas de corriger nos défauts, de vaincre nos misères, de triompher de nos imperfections, mais de commencer à vivre dans la vérité de notre être. Car ce sont nos limitations, nos blessures et nos péchés qui nous rendent dignes de l’amour de Dieu. Une invitation à accepter nos fragilités, par l’un des grands maîtres de la spiritualité contemporaine. Traduit de l’italien par Marie-Théo Manaud Prêtre et théologien, Paolo Scquizzato est professeur d’anthropologie théologique à l’Université catholique du Sacré-Coeur. Fondateur de l’« École généralisée du silence », il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la spiritualité et la méditation, traduits dans le monde entier.

Annik

Petit livre lumineux qui complète pour moi une session sur l’évangélisation des profondeurs où justement j’étais invitée à non seulement mettre à jour les blessures bien enfouies mais surtout à apprendre à vivre avec , à vivre une réconciliation avec moi-même , avec les autres et à découvrir peut être en quoi consistait le salut apporté par le Dieu de Jésus Christ. Au cours de ce cheminement , bien douloureux parfois, je me suis demandée ce que j’allais faire de tout cela… « envelopper tout cela du baume de l’amour »… cheminement d’évangélisation commencé et ce petit livre a attiré mon attention… tout cela pourrait être transformé en perle…une autre façon d’aborder le thème de nos fragilités( qu’avec Simone Pacot )mais si complémentaire. Une façon plus simple et moins psychologique…

Avec des mots simples et des plongées dans l’ancien et le nouveau testament, Paolo Scquizzato nous dévoile la richesse des limites, entonne un hymne à la fragilité et valorise la logique de la faiblesse…C’est en anthropologue et théologien qu’il nous instruit et non en Psychologue. Tout ce que mon éducation m’a appris à fuir et surtout à refuser en moi, en les autres est valorisé. Ce livre vient apporter de la lumière là où nous serions tentés de ne voir que ténèbres.

« L’évangile est une école de réalisme. Jésus est venu nous retirer nos masques de comédiens pour que nous soyons finalement libres d’être nous-mêmes quitte à être imparfaits et fous aux yeux du monde. »page 22

« Nous trouverons notre salut non pas quand nous aurons vaincu nos misères, mais quand nous commencerons à vivre dans la vérité de nous-mêmes… ». Accepter un salut qui vient d’ailleurs… c’est dans notre fragilité que nous sommes aimés… c’est simple comme message et pourtant si difficile à accepter.

Je crois avoir un peu compris ce qu’était la grâce :

« Le progrès moral peut être un fruit de la grâce mais ce n’est pas la grâce, au contraire cela peut même nous empêcher de la recevoir. Nous ne pouvons pas transformer notre vie à moins que nous nous laissions transformer par la grâce. La grâce peut venir et assurément elle ne vient pas si nous cherchons à la contraindre. De la même façon elle ne viendra pas tant que nous penserons dans notre arrogance, ne pas en avoir besoin.

La grâce nous frappe quand nous sommes en proie à la douleur et à l’inquiétude, elle nous frappe quand nous traversons l’obscure vallée d’une vie vide et privée de sens, elle nous frappe quand nous sentons que notre séparation est plus profonde que d’habitude parce que nous avons violé une autre vie, une vie que nous aimions et de laquelle nous nous sommes éloignés.

Elle nous frappe quand notre nausée, notre indifférence, notre faiblesse, notre vie et notre manque d’orientation et de calme nous sont devenus insupportables ; elle nous frappe devant la déception d’avoir espéré si longtemps cette perfection de vie ; quand les vieilles constrictions règnent en nous de façon désormais définitive ; quand la désespérance détruit la joie et le courage ;

Parfois à ce moment-là une vague de lumière surgit dans nos ténèbres et c’est comme si une voix disait « Tu es accepté », tu es accepté par ce qui est plus grand que toi et dont tu ne connais pas le nom.

Ne demande pas son nom maintenant. Peut-être le découvriras-tu plus tard ; n’essaie pas de faire quelque chose pour l’instant, peut-être plus tard, tu feras beaucoup. Ne cherche rien, ne désire rien ; accepte simplement le fait d’être accepté. Si cela nous arrive, c’est que nous expérimentons la grâce. Après cette expérience, il est possible que nous ne soyons pas meilleurs qu’avant, mais tout se transforme.

A ce moment là, la grâce vainc le péché et la réconciliation vainc l’abîme de l’aléniation. Nous expérimentons la grâce de pouvoir accepter la vie d’un autre, même si elle nous est hostile et nocive, parce qu’en vertu de la grâce, nous savons qu’elle appartient au même Fondement auquel nous appartenons et qui nous a acceptés. »Paul Tillich pages 46 à 48.

L’auteur nous parle aussi du salut qui souvent me laisse dans le questionnement…

« Le salut ne sera donc pas d’arriver à ne plus pécher, ou de se découvrir un jour sans limites, sans fragilités, sans plus de blessures, mais ce sera de rester bouche bée comme les enfants – c’est ce qu’on appelle l’émerveillement – devant un Dieu qui nous aime et nous a rejoint dans notre fragilité. C’est là que s’accomplira le passage de la religion à la foi. La religion c’est tenter de vouloir atteindre Dieu par une vie irréprochable, la foi c’est se rendre compte que Dieu œuvre et se révèle dans notre histoire blessée. » page 52.

Un ouvrage d’une centaine de pages qui console quand on se sent affaibli, inadapté, chancelant et qu’on se demande comment vivre avec tout cela… un grand souffle lumineux qui permet de célébrer la vie imparfaite et de cheminer librement avec toute notre fragilité en ne comptant que sur l’amour de Dieu.

Je terminerai par cette prière attribuée à Saint Jérôme :

« Ô Seigneur, je t’ai donné la traduction de la Bible et cela ne te sufffit pas, je t’ai donné ma vie missionaire et cela ne te suffit pas, je t’ai donné ma vie de prêtre et cela ne te suffit pas, je t’ai donné ma prière et cela ne te suffit pas : que veux-tu encore de moi ? Et Dieu répondit : « Donne-moi tes péchés, pour que je puisse te pardonner. » page 54

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